SEDHIOU : A LA DECOUVERTE DE THINTHINGROU AU CŒUR DU BOUDIE
Sur la ceinture latéritique du Boudié dans l’ouest de Sédhiou, se dresse le village de Thinthingrou. Le site est bâti sur les fondements d’un mythe que l’érosion des temps moderne n’a toujours pas abimés. C’est le résultat d’une conservation des valeurs. Thinthingrou a-t-elle vraiment peur de s’ouvrir à la modernité avec sa volonté de nourrir les racines de passé. Le paradoxe se lit aisément. Toutefois, la réalisation de services sociaux de base est le maître mot pour mobilisation sociale.
Le village de Thinthingrou appartient à l’arrondissement de Djirédji et la communauté rurale du même nom dans la zone du Boudié. Une localité dans le département de Sédhiou sur sa façade ouest. De son nom Balante « N’jingrou » qui signifie une herbe de consommation locale courante, pour les principaux repas de la journée. L’appellation a connu une déformation ayant finalement donné le nom de Thinthingrou, rapportent les anciens.
Il est crée vers 1800 selon les témoignages de Ndiaye Mansaly. Ce village situé à trois kilomètres seulement de Djirédji était en réalité un lieu de prédilection du peuplement de palmiers à huile et les premiers habitants, des Balantes animistes en l’occurrence, quittaient le village de Diattacounda sur la rive droite du fleuve Casamance pour venir se procurer du vin de palme.
Ce sont donc des Balantes qui s’y étaient établis. Les Manjack, les mandingues et les peuls vont ensuite suivre. A ce jour, la population avoisine le millier d’habitants et l’actuel chef de village s’appelle Bolon Diatta. Il y’a essentiellement deux sites qui fonctionnent toujours et qui corroborent cette croyance en la superstition.
D’abord le « Koundoul » en Balante, lieu habité par des génies. Il se trouve à l’entrée Est du village. La personne qui veille à l’entretien des lieux est une femme et porte le nom de Maïmouna Woulé. Woulé fait référence à un génie en Balante. D’après la croyance populaire, il est déconseillé de s’y rendre les vendredis au risque d’avoir de contracté une maladie mentale.
Des anciens rapportent que c’est un navire qui se détache du rivage en direction de Birkama plus à l’ouest avec des lumières éblouissantes. Il est aussi possible d’y rencontrer des poules et des poussins alors que le site en soi n’est pas habité par les humains. Il y a aussi à Thinthingrou un bois sacré. Sa vocation est de protéger les populations contre les épidémies, les pauses pluviométriques et autres calamités naturelles.La principale route qui dessert la zone est impraticable par moment. Thinthingrou n’a pas accès à l’eau, l’électricité. Il n’existe pas de case de santé. Sur le plan de l’économie, les populations ont aménagé 7 kilomètres de périmètre maraichers autant de kilomètres de palétuviers et 3 barrages anti sel. Mais le manque de moyen annihile considérablement leur ambition.
Un jeune du village, Denis Diatta, a dit toute sa fierté de voir « ce que Thinthingrou a de plus précieux se fortifier et résister à la tyrannie des temps modernes. Nous prônons l’ancrage dans nos valeurs puis l’ouverture vers les autres » note-t-il. Une rencontre s’y prépare pour statuer sur l’avenir du village et le bien être de ceux qui le peuplent.
Moussa DRAME- SudOnline.sn

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