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COUPE_DU_MONDELa mondialisation est en marche dans les instances sportives internationales. Ainsi les choix de la FIFA se déportent vers les pays émergents, disposés à toutes les concessions pour obtenir le droit d'organiser la coupe du monde de football.

Les nombreux commentaires qui ont suivi la décision relative au choix des pays organisateurs des Coupes du monde de football de 2018 et 2022 ont tous fait part d’une surprise totale, voire de désapprobation. Nonobstant la « cote » de départ des différents candidats, la Fédération internationale du football amateur (FIFA) a pris de court les observateurs, pourtant avertis, du monde footballistique, en reléguant la candidature anglaise - pourtant favorite - dès le premier vote, pour l’attribuer à deux outsiders : la Russie et le Qatar. Mais ce choix était-il si inattendu ?

Dès l’attribution des Coupes du monde de 2010 et 2014, la FIFA avait très clairement justifié et orienté son choix vers la zone Sud de l’hémisphère, en faveur de pays n’ayant jamais été pays hôte, à savoir l’Afrique du Sud et le Brésil, et ce malgré les difficultés annoncées par de nombreux contradicteurs (problèmes de sécurité et inexpérience).

Pour autant, le résultat, notamment commercial, de l’édition 2010 dépasse les recettes des éditions précédentes, malgré une période de turbulences et de crise financière mondiale. L’avenir est effectivement réjouissant pour la multinationale du football, propriétaire d’une valeur sûre avec cette compétition-phare, qui constitue une si bonne « plateforme » pour les marques commerciales. Forte d’une retransmission télévisuelle en constante progression, la FIFA est soucieuse d’accroitre son « universalité » de par le monde.

Russie et Qatar ont usé de techniques d’influence et de lobbying intense

Quand géopolitique et géoéconomie se rencontrent… L’élection de la Fédération de Russie et du Qatar sont deux choix géopolitiques délibérés de la part de cette organisation. Aucun de ces deux candidats n’a encore accueilli la Coupe du monde. Tous deux ont planifié de longue date ce projet en se dotant d’une stratégie claire. Ils ont usé de techniques d’influence et de lobbying intense, en s’appuyant sur les outils de l’intelligence économique.

Ces deux pays représentent enfin l’assurance de la sécurité, avec un Etat fort et une « verticale du pouvoir » excluant à priori les conflits, et des ressources financières garanties, que ce soit par les oligarques « invités » à s’investir dans ce projet national, ou via les pétrodollars de l’Emirat. C’est, de plus, un signal fort pour leurs populations, reconnues à part entière dans le village planétaire global !

Sur le plan géoéconomique, le pari n’est pas non plus incongru, puisqu’il va potentiellement permettre un accroissement des revenus pour la FIFA, tant du point de vue des droits de retransmissions TV, que des licences, droits de commercialisation et autres, pour un public certes non footballistique a priori, mais avide de consommation de produits. C’est un nouveau marché qui s’offre ainsi au monde footballistique, qui doit conquérir ce nouveau monde et l’initier à la culture du ballon rond.

Les pays émergents, des candidats prêts à toutes les concessions pour obtenir le sésame de la FIFA

La FIFA s’est, en effet, dotée d’outils lui permettant de faire de la veille et d’analyser les mouvements d’opinion, des médias, mais aussi du marché. Rien n’est laissé au hasard dans les choix opérés qui résultent d’une analyse des tendances sérieuse et d’une prospective des marchés à moyen terme. La tendance actuelle n’est clairement plus en faveur des pays continentaux, pour lesquels la croissance tend à ralentir, les difficultés socio-économiques à s’accentuer, provoquant par ailleurs des mouvements de protestation de la population, tandis que les déficits publics des Etats effraient. En dépit des interrogations liées aux risques d’attentats terroristes ou à l’insécurité qui ont pu être évoquées pour l’Afrique du Sud ou le Brésil, c’est bien l’assurance d’un retour sur investissement qui a primé.

La carte innovante est donc à double titre gagnante pour ce mastodonte surnommé « les Etats-Unis du football », dont les membres sont passés de 7 à sa création en 1904, à 208 aujourd’hui. A l’instar des multinationales, les fédérations sportives internationales ont grandement intérêt à miser sur les pays émergents pour lesquels tout est à développer (la pratique comme les équipements), mais dont l’enjeu de visibilité mondiale et de reconnaissance de leurs pairs prime. Cela assure à la FIFA des candidats prêts à toutes les concessions pour obtenir le précieux sésame, tandis que les retombées économiques demeurent en constante hausse avec un « produit » à la rentabilité éprouvée.

En cumulant quasiment le rôle de l’OMC et de l’ONU à elle seule, la FIFA décide et régule de facto tout ce qui concerne le football, de l’économie à la diplomatie, pour en assurer le bon développement au niveau mondial, selon un programme marketing bien rodé. Ces données ont été bien intégrées par les pays élus, qui ont su faire preuve de réactivité et d’adaptation. Si la FIFA peut se targuer de bons résultats financiers et rassurer ses membres-sociétaires sur ce point, qu’en est-il de la régulation financière du football, qui, si rien n’est fait, pourrait bien déboucher sur une prochaine bulle « footballistique » ?

Marie Brigaud - LesEchos - Le cercle

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