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nticSylvain Béletre du cabinet de consultant Balancing Act (balancingact-africa.com), spécialisé sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) en Afrique, se penche sur les récents succès des technologies au service du développement humain en Afrique.

Certains vont trouver un peu paradoxal que de grands acteurs veulent vendre des solutions technologiques sophistiquées aux africains alors même que le continent manque de denrées et services vitaux dans de nombreuses régions. «L’un n’empêche pas l’autre» répond Graham Naido, un sud-africain technophile, ajoutant «En théorie, tous les Africains doivent pouvoir bénéficier des progrès». «Il est vrai que l’Afrique a des priorités plus urgentes, mais faire venir l’eau et l’électricité dans une école n’empêcheront pas aux africains de s’équiper en outils numériques de dernière génération. Nous sommes un peu conditionnés et poussés à une consommation technologique de plus en plus débridée, mais au final, les gens ne sont pas dupes et c’est la loi du marché qui prime. Avec des moyens financiers plus réduits, on fait forcément des choix technologiques plus réfléchis. On prend son temps. Quant au déploiement d’infrastructures, ils sont lancés par les gouvernements et les organisations nationales et internationales, c’est à eu de gérer les priorités» complète M. Kassiré en Côte d’Ivoire. Les nouvelles technologies, utilisées à bon escient, peuvent avoir un impact positif sur pratiquement tous les secteurs et sont un relai de croissance. Elles assistent également les besoins vitaux, et aide à combattre la malnutrition, les catastrophes écologiques, les maladies ou le manque de financement. Il faut donc se battre sur tous les fronts dont celui de la technologie pour améliorer le quotidien en Afrique, tel est l’avis de nombreux acteurs qui contribuent à cette Afrique qui bouge. Et comme l’avait dit le directeur de KDN l’année dernière, il faut mettre en avant des applications utiles localement, et si possible qui font gagner de l’argent aux africains.

«L’approvisionnement en électricité est un frein certain à l’adoption massif des NTIC. Eskom en Afrique du Sud tente d’augmenter régulièrement sa puissance car il existe une forte demande de la population. Mais l’éolien, l’hydro et le solaire peuvent venir compenser ce manque On commence par exemple à voir pas mal de panneaux solaires équiper des réseaux publiques dans les rues» commente un habitant de Cape Town. D’une manière générale, il est inutile de rappeler que l’accès aux services TIC est moins développé en Afrique que dans d’autres continents plus développés et ce pour des raisons évidentes ; Les media en font régulièrement l’écho. En revanche, certaines technologies ont connu des percées fulgurantes, voire uniques et inattendues, et l’Afrique est en train de connaître une de ses plus grandes révolutions par l’adoption des NTIC.

En premier lieu, c’est dans la téléphonie mobile qu’il faut voir le fer de lance de cette  révolution numérique depuis ces dix dernières années. Le mobile à l’avantage pas rapport au fixe de coûter moins cher en déploiement d’infrastructures, surtout en zones reculées. Son adoption massive en Afrique a prouvé que les Africain lui trouvent une utilité parfois même plus essentielle qu’une nourriture plus riche. Ils arrivent à trouver l’argent pour le financer, un montant évoluant entre 5 et 15% des dépenses des ménages. L’Afrique est le seul continent au monde où les recettes des opérateurs de téléphonie mobile dépassent celles des opérateurs de téléphonie fixe. C’est le constat que fait Jean-Marie Blanchard, expert dans l’identification des besoins en TIC sur l’Afrique. «Dans l'immédiat, la priorité devrait être de chercher à valoriser l'infrastructure mobile existante en offrant des services à valeur ajoutée de type SMS+ qui pourraient améliorer à court terme à la fois le quotidien des entrepreneurs et des populations en Afrique, et surtout, ce qui n’empêche pas d'investir parallèlement dans d’autres solutions plus ambitieuses comme l'accès mobile à Internet» explique M. Blanchard.

Si l’on observe les besoins des africain, c’est en zone rural, là ou la majorité des habitants africains vivent, et particulièrement dans le secteur agricole et celui de la pêche que les technologies peuvent mieux soutenir l’économie et avant tout, sauver des vies. «Dans les villes, il est relativement aisé d’obtenir de l’aide, des informations et de partager ses connaissances. Dans les villages reculés et selon plusieurs études que nous avons pratiquées sur le terrain, les télécoms permettent de rompre l’isolement et d’obtenir des données cruciales ou une aide vitale.»

Parmi les belles réussites, le simple fit de mettre à disposition de tous les habitants un numéro gratuit en cas de problème (accès universel) permet d’augmenter de manière significative la durée de vie moyenne. «Une grande majorité des personnes interrogées dans les zones rurales déclare trouver un grand intérêt dans l'usage du téléphone parce qu'il facilite les échanges au plan social et dans le domaine des affaires» ajoute M. Blanchard.

On trouve aussi la « cyber-agriculture » qui s’est développée en Afrique grâce à des systèmes comme Esoko (BusyLab de l’entrepreneur Mark Davis établi à Accra, Ghana), Manobi (Sénégal), qui permettent aux paysans de trouver les cours du marché via des SMS sans se ruiner et sans avoir à parcourir de longues distances pour chercher l’info. Au Kenya, SMS Sokini fournit par SMS, moyennant finances, des informations sur les produits agricoles. Au Kenya également, l’institut «VACID Africa» accompagne les agriculteurs pour améliorer leur productivité. L’utilisation des technologies est largement favorisée, et «nous sommes en train de mettre en place un data center partagé pour les agriculteurs africain» confirme Kiringai Kamau en charge de l’institut.

En Ouganda, le réseau des femmes de l’Ouganda (Women of Uganda Network – WougNet) a commencé à envoyer dès 2005 à 400 exploitants des SMS donnant les prix du marché. Xam Marsé (« Connais-ton marché » en wolof) a été lancée au Sénégal pour la Fondation Manobi pour le développement, après deux ans de recherche. Depuis 2002, elle fournit aux agriculteurs des informations sur les cours des produits.

Le succès du projet des villages du Millénium – une initiative lancée par Ericsson, MTN, Zain (désormais Airtel) et Sony Ericsson – qui inclut 12 villages dans dix pays africains est également un signe que les NTIC peuvent faire avancer le développement humain sur l’ensemble du continent. Les meilleures pratiques tirées du projet vont permettre d’en faire bénéficier la majorité de la population. A terme, la traçabilité des produits agricoles par moyen électronique offre aussi de belles perspectives en Afrique.

Toujours dans les services mobiles, certains opérateurs Africains ont lancé des forfaits d’itinérance (ou roaming) illimitée d’un pays à d’autres – une première mondiale – qui permet une plus grande liberté de mouvement à moindre coût.

Le mobile offre désormais la possibilité de combler des besoins essentiels. Des solutions adaptées à la demande locales, des services en ligne comme la banque à distance, le microcrédit ou la méteo commencent à fleurir sur tout le continent. Les transactions financières via le mobile constituent aussi l’une des plus grandes réussites des NTIC au service des africains

La santé n’est pas en reste que cela soit sur le mobile ou le fixe, et des projets « e-health » se montent déjà un peu partout. Ainsi, en février 2010, Orange Healthcare a rejoint mHealth Alliance pour déployer en Afrique de l’Ouest des solutions de santé via le mobile. De son côté, la Grameen Foundation a par exemple mis en place des systèmes de microcrédits, de santé et d’éducation très efficaces depuis 2002.

On trouve aussi des applications d’apprentissage en ligne – e-learning – implantés dans de nombreuses universités et écoles africaines.

Plusieurs initiatives régionales importantes de formation des enseignants ont été engagées telles que l’Initiative de formation des enseignants pour l’Afrique subsaharienne TTISSA (Teacher Training Initiative for Sub-Saharan Africa), coordonnée par l’Unesco, a été conçue pour améliorer la qualité de l’enseignement dans 46 pays d’Afrique subsaharienne. Il faut aussi saluer le projet Éducation des enseignants de l’Université virtuelle africaine (UVA), en partenariat avec la BAfD et le Nepad, l’Université virtuelle pour les petits États du Commonwealth (la VUSSC – Virtual University for Small States of the Commonwealth), One Laptop per Child – OLPC, l’initiative e-Schools du Nepad pour l’informatisation et la mise en réseau des écoles, Schoolnet Africa et World Links qui œuvrent également au développement des compétences en TIC des enseignants. La Fondation africaine des logiciels libres FOSSFA (Free and Open Source Software Foundation for Africa), Bokjang Bokjef au Sénégal et LinuxChix Afrique contribue aussi à l’utilisation des logiciels. Enfin, l’Afrique du Sud a mis en place un certificat avancé de formation intégrant les TIC (Advanced Certificate for Education on ICT Integration) obligatoire dans le cursus des chefs d’établissement.

La gouvernance en ligne (e-gouvernance), qui a vocation à améliorer les services publics est, bien qu’encore à un état embryonnaire, en pleine expansion. Pour l’anecdote, en Afrique du Sud, il existe un système de paiement d’amende en ligne qui fait gagner beaucoup de temps aux gens. L’e-gouvernance inclus aussi des cyber-réformes pour le commerce électronique encore peu développé à cause des lacunes des plusieurs secteurs comme celui du transport.

La technologie qui commence aussi à émerger de façon plus timide sur le continent est la géolocalisation, avec le GPS comme application de base.

Parmi les acteurs qui s’investissent le plus, on dénombre des organisations internationales et sociétés comme l’AfDB, l’OCDE, l’ONU dont l’UNESCO, le Nepad, l'Union Africaine (UA), MTN, Google, Microsoft, Ericsson, Orange, Vodacom, Alcatel-Lucent ou Airtel qui cherchent à identifier, adapter et à lancer des applications au plus près des  besoins des peuples africains.

Dans cette région du monde, force est de constater que la pénétration d’Internet a progressé plus lentement qu’ailleurs. Mais la tendance est en train de changer avec l’arrivée d’ici à 2015 du haut débit via le déploiement de cable sous-marins de fibre optique sur toutes les côtes Africaines et en destination des grandes villes. L’adoption d’internet sur tout type de terminal va exploser et permettra au plus grand nombre de trouver des informations, d’éduquer, de renforcer les expertises, de partager et d’échanger avec le monde entier, à commencer par la Diaspora. On le voit déjà, les sites web qui enregistrent les plus forts taux de trafic en Afrique sont les moteurs de recherche comme Google et les réseaux sociaux comme facebook ou Linkedin, les sites éducatifs comme wikipedia. «Les nouveaux outils de communication offerts par les TIC constitue pour les Africains et notamment les jeunes, un excellent moyen de vivre plus intensément leur culture communautaire … qu’il s’agisse de Facebook ou tout simplement du téléphone portable» commente M. Blanchard. Les centres d’intérêt des africains sont vastes et comme ailleurs, les sites qui parlent du sport (en particulier du football), de musique, de météo, d’éducation (pour passer par exemple des concours) et de TV sont très visités.

Pour conclure, on peut aisément affirmer que l’innovation numérique au service du développement humain en Afrique couvre un large horizon. Face à des défis surmontables, l’Afrique est en marche pour s’approprier les nouvelles technologies. Certes, de nombreux problèmes freinent encore la diffusion de modèles techno-commerciaux innovants en Afrique, mais le continent est bien en train de vivre un bouleversement « à l’africaine » qui le fait progressivement entrer dans le village économique global. De récents échanges prouvent aussi que cette révolution passera à terme par des TIC plus vertes. «Nos gros clients nous posent de plus en plus de questions concernant nos produits à ce sujet. Mais pour la grande majorité, le développement durable n’est pas encore fortement ancré dans les mentalités. Cela va venir.» déclare un fournisseur panafricain d’équipements technologiques.

Selon Russell Southwood, directeur de Balancing Act, «les temps sont mûrs pour les innovateurs africains de placer la barre un peu plus haut afin de créer des services en lignes et applicatifs utiles localement.» (voir article sur Starafrica.com

Et M. Blanchard souligne que, de son point de vue : «Les africains n’ont pas uniquement besoin d’ordinateurs personnels et de portables, de câbles de fibre optique et de téléphones cellulaires pour nourrir leur révolution technologique. Il faut aussi que les africains acquièrent une plus grande expertise dans les NTIC pour continuer à développer eux-mêmes des applications et du contenu local qui seront utilisés à grande échelle. Les solutions mobiles offrent dès aujourd'hui de nombreuses opportunités dont devraient s'emparer les entrepreneurs africains.»

Autrement dit, il ne suffit pas d’acheter et de revendre des technologies pour entrer dans l’ère numérique, il faut aussi identifier les besoins, les traduire en solutions au juste prix, communiquer sur leurs avantages et accompagner leur développement. D’autre part, les sociétés motrices doivent approfondir leur étude des besoins locaux comme Orange vient de le faire avec son nouveau Technocentre en Côte d’Ivoire, conclut M. Blanchard.

Sylvain Beletre - StarAfrica.com

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