Forte de plusieurs expériences de développement dans les domaines suivants : agriculture, santé, éducation et recherche historique du village, la communauté d’Agnam Godo (Sénégal) se propose aujourd’hui d’accueillir un projet culturel à vocation internationale sur son territoire. Intitulé provisoirement Mémoire et Avenir, un écomusée peul à Agnam Godo, ce centre de culture se propose de devenir un lieu de rencontre et un repère patrimonial pour les peuls.
On estime à 10 millions la population Peul dont plus d'1 500 000 personnes en situation de diaspora partout dans le monde et 8 millions de locuteurs. Les regroupements les plus significatifs se situent en Mauritanie, Sénégal, Guinée, Mali, Burkina Faso, Niger, Nigeria, Cameroun, Bénin, mais aussi en Côte-d’Ivoire et au Soudan.
Les Peuls connaissent une remarquable diversité de contextes politiques, économiques, sociaux. Cette richesse culturelle, cette accumulation d’expériences leur permettent aujourd’hui d’envisager un pôle d’échanges sur un territoire hautement symbolique, celui du franchissement du fleuve Sénégal. Agnam Godo est le plus ancien des villages du Fuuta Tooro.
La situation d’Agnam Godo aux marches de la Mauritanie, du Mali et du Sénégal justifie l’implantation d’une structure valorisant tout à la fois la cohésion et la diversité culturelle des peuls, une structure innovante en matière de développement car intégrant les enjeux de l’Afrique subsaharienne d’aujourd’hui : développement, éducation, services à la population.
LE VILLAGE D'AGNAM GODO
Le village d’Agnam Godo se situe au nord-ouest du Sénégal, dans la Communauté rurale d’Agnam Civol, à 14 km de la frontière de la Mauritanie, sur la route nationale 2, entre Saint Louis (354 km) et Matam, capitale régionale (67 km), dans la zone sahélienne pastorale et agricole.
Le village est peuplé d’environ 1 200 habitants composés de 6 groupes sociaux :
Rappelons néanmoins que le bassin de vie d’Agnam représente 25000 habitants.

Le projet " Afrique : musées et patrimoines pour quels publics ? ", soutenu par le programme " Culture 2000 " de l'Union Européenne s'est proposé de mener, avec des partenaires africains et européens, une nouvelle réflexion sur les enjeux futurs des musées africains.
Dans ce contexte général de réflexion le séminaire régional sur les banques culturelles du Mali qui a eu lieu à Sévaré, Fombori, Bandiagara en mars 2008 coïncide avec ces préoccupations. Il s’appuie sur un constat valable pour de nombreux pays africains et touchant évidemment les communautés transfrontalières.
Le pillage et la vente illicite d’objets culturels ont pour conséquence la perte des témoins matériels et de la culture légués par les générations passées. C’est un problème récurrent et préoccupant sous- tendu et aggravé par la pauvreté à laquelle sont confrontées les populations. Les banques culturelles, structures culturelles locales visent à la conservation et à la protection sur place des objets historiques des communautés ; elles jouent un rôle important dans le développement desdites communautés à travers des activités financières, éducatives et techniques.
Cette expérience novatrice répond dans une large mesure à l’esprit du programme « les musées au service du développement » que conduit l’Ecole du Patrimoine Africain - EPA pour la période 2007 - 2010 et dont la finalité est de renforcer le rôle de la culture dans le développement humain et économique de l’Afrique subsaharienne.
Les banques culturelles initiées au Mali sont à considérer comme des outils à analyser pour leur reproductibilité dans d’autres contextes en Afrique subsaharienne.
Le financement et les partenaires de ce programme donnent l’exemple des croisements de financements et de conseils à réunir afin de mener à bien le projet d’Agnam Godo.
Fonds de Solidarité Prioritaire (FSP) / Ministère français des Affaires étrangères
Gouvernement du Mali
Musée du Quai Branly (MQB)
Ecole du Patrimoine Africain – EPA.
Les démarches entreprises par les rédacteurs du présent dossier se sont orientées vers la fédération des écomusées et musées de société (FEMS) qui réunit et fédère de nombreux établissements en France qui tous partagent les valeurs du patrimoine associées au développement local sous toutes ses formes : culturelle, sociale et économique.
Une autre fédération celle des musées d’agriculture (AFMA) a été approchée étant donnée la proximité des thèmes que le projet d’Agnam Godo aura à traiter.
Ces rencontres ont inspiré les remarques suivantes.
Le projet est MULTIPLE, il est une tension entre :
Passé et présent, ampleur internationale et locale, service à la population et tourisme.
Musée, lieu de représentation des cultures peules, centre culturel, centre de ressources documentaires, centre permanent d’éducation des savoir faire ruraux, laboratoire social et économique.
Dans un premier temps le concept d’écomusée parait réunir l’ensemble de ces champs même si celui-ci doit trouver sa légitimité dans le terrains des expériences africaines déjà menées.
Le dossier technique qui suit échafaude l’articulation des actions à mener à moyen et court terme. Il justifie par ses références historiques et techniques les grands choix auxquels il convient de procéder dans l’immédiat.
APPROCHE THEORIQUE
Ce fut le cas en France en 1971 où le terme " écomusée " a été inventé par Hugues De Varine, alors directeur de l'ICOM (International Council of museums), au cours d'une réunion avec Georges Henri Rivière, ancien directeur et conseiller permanent à l'ICOM.
Le modèle de l’écomusée a été utilisé afin de conserver la mémoire des sociétés rurales que l'urbanisation, les mutations techniques et sociales mettaient en péril. L'écomusée avait donc à intervenir sur un espace spécifique, structuré, un territoire dont le mode d'organisation était en bouleversement. Progressivement, ces structures ont gagné le champ de l'environnement social, urbain et industriel.
De ce point de vue, les objets de la vie quotidienne mais aussi les paysages, l'architecture, les savoir-faire, les témoignages oraux constituent les sujets d'études, de collectes et de valorisation pour les écomusées au titre de témoins de l'homme, de son milieu, de son travail, de sa famille, de sa communauté.
La large place faite aux sciences sociales dans ces établissements d’un nouveau type a contribué à élargir le champ des collections au patrimoine immatériel : musique, collectage de témoignages, savoir-faire.
L’écomusée contribue également à préserver des bâtiments et des milieux y compris des usines, des locaux artisanaux, des exploitations agricoles, des vergers…
Le patrimoine vivant fait partie du champ de ses compétences. Les interactions entre la culture et la nature y sont exposées. Cette politique contribue dans nombre de cas à la préservation de l’environnement par les connaissances mises à disposition du public de la théorie à la pratique.
La muséographie s’est adaptée à cette pensée plus complexe imaginant ainsi des moyens multiples de restitution pour raconter l'histoire d'un territoire : reconstitutions minutieuses d'intérieurs, lectures de paysages, ateliers conservés in situ, démonstrations de savoir-faire…Cette façon d'aborder le patrimoine installe ces repères spatiaux comme à la fois des lieux de dialogue, où s'expriment les différences, et des lieux de confrontation avec le passé où la société appréhende son développement.
Ainsi, le concept d’écomusée a été utile, en France, afin de résoudre des questions territoriales liées à un problème démographique celui de la désertification des campagnes. Englobant l’homme et son milieu cette nouvelle approche culturelle a contribué à maintenir, dans l’espace rural puis ensuite dans le tissu industriel désaffecté, des communautés humaines qui ont sauvegardé leurs identités et maintenu des activités économiques et sociales dans des zones bouleversées voir marginalisées par des mutations économiques.
L’écomusée au service de la population conserve, anime et transmet le patrimoine culturel avec et pour des publics très étendus et intergénérationnels. Son rôle de centre culturel de proximité ouvre une fenêtre sur le monde tout autant qu’il révèle des réalités culturelles différentes.
Il tient un rôle d’agora et d’échanges, il fait le lien entre le passé et le présent. Il contribue à l’économie territoriale sous des formes différentes en réactivant des savoirs faire transférables au monde actuel, en montant des produits touristiques, en commercialisant ses produits ou des produits locaux, en générant des flux et des échanges, en créant des emplois.

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