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ouattara_gbagboAlassane Ouattara, le rival du président sortant s’affiche avec le Sénégalais Wade et exige un recomptage des voix.

Tout fait sens en politique. Aussi, lorsque Abdoulaye Wade a reçu jeudi Alassane Ouattara, l’opposant nordiste et candidat rival du chef de l’Etat Laurent Gbagbo, au lendemain de l’annonce d’un résultat plus serré qu’attendu au premier tour de l’élection présidentielle ivoirienne qui a eu lieu dimanche dernier, le dirigeant sénégalais savait que ce geste serait perçu comme une provocation. "Il a envoyé un double message, décrypte Antoine Glaser, rédacteur en chef de La Lettre du continent. Un pied de nez à son homologue ivoirien, et un signe à la France, dans le registre “je peux toujours être utile”…" Mais le chemin qui mène au second tour de la présidentielle, fixé hier soir au 21 novembre, devient de plus en plus glissant. Alassane Ouattara a hier emboîté le pas à Henri Konan Bédié, défait au premier tour, en demandant à son tour un recomptage des voix. Les principaux chefs de l’opposition se sont retrouvés dans l’après-midi au domicile de Bédié et ont annoncé la mise en place d’un comité de travail composé des quatre partis du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Avec un nouveau mot d’ordre: renforcer la solidarité, face aux manoeuvres prêtées au président ivoirien.

"Une conspiration en vue d’une déstabilisation"

Le week-end dernier, dans une interview au JDD , Laurent Gbagbo, d’ordinaire fin politique, bombait le torse au point de faire passer un unique message à ses opposants: une défaite électorale n’était pas pour lui une option ("Ce n’est pas moi qui vais perdre…"), et d’éventuelles violences ne pourraient être imputées qu’aux battus. Une provocation pour une autre, a semblé lui rétorquer Alassane Ouattara en rendant visite à Abdoulaye Wade, qui entretient des relations tourmentées avec Gbagbo… "Les leaders africains ont toujours eu pour habitude de soutenir les opposants au régime en place chez leurs voisins, explique Antoine Glaser. Wade ne déroge pas à cette règle. Il veut en outre montrer à la France qu’il peut jouer un rôle de médiateur régional comme il l’a fait pour la Mauritanie, ou tenté de le faire pour la Guinée." La réaction de Laurent Gbagbo n’a en tout cas pas traîné. La Côte d’Ivoire a rappelé vendredi son ambassadeur à Dakar, tandis que la présidence dénonçait "une conspiration en vue d’une déstabilisation". Au total, ces escarmouches nourrissent les craintes d’éventuels dérapages autour du dernier round de l’élection présidentielle, dans un pays en proie à une profonde crise politique depuis plus d’une décennie et coupé en deux depuis huit ans. Au premier tour, avec un taux de participation élevé (83%), Laurent Gbagbo a remporté 38% des voix, et Alassane Ouattara 32%. Des scores qui laissent entrevoir un duel indécis, et périlleux.

Karen Lajon - Le Journal du Dimanche

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