En Guinée, c’est un secret de polichinelle que de dire que l’ont vit une période de crise politique. Une crise qui oppose le pouvoir et l’opposition. Cette situation serait demeurée normale, si ne s’y était pas greffée une crise ethno-régionaliste. Un problème qui se cristallise autour d’une opposition entre Mandingues dont est issu le président de la République et Peuls, l’ethnie de son challenger au second tour des dernières élections présidentielles. Une crise sociale qui menace l’unité nationale. Et depuis la marche du 27 septembre dernier, cette opposition socio-politico-ethnique se trouve symbolisée par une dimension irrationnelle qui s’incarne dans le face-à-face mystique entre les "Karamokos" et les "Donzos".
Dans l’entre-deux-tours, on avait parlé du duel entre les "Kappèrè" (igname pour désigner le candidat Alpha Condé) et les Diabèrè (taro pour parler de Cellou Dalein Diallo).
Ensuite, après les élections et les premières nominations, l’opposition a dénoncé l’exclusion fondée sur l’appartenance régionale. Mais depuis les marches du 27 septembre dernier et l’intervention des "Donzos" ou "Somas" aux côtés des forces de l’ordre, il y a un véritable débat autour du rôle de cette corporation qui habituellement réside en zones rurales.
Certaines critiques assimilent les Donzos qui avaient été aperçus le jour de la manifestation de l’opposition, à une milice pro-gouvernementale. Les représentants des incriminés ont jusqu’ici essayé de se défendre. Mais le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils n’ont pas été particulièrement convaincants.
Alors, la nouvelle posture de défense des "Donzos" serait d’assumer le rôle joué auprès du chef de l’Etat. Un rôle qui se ramènerait à le défendre ouvertement. Cette attitude serait d’autant plus légitime qu’elle est identique, selon certains défenseurs des Donzos, à la mission que les "Karamokos" rempliraient auprès du leader de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG). Dans les deux cas, il s’agirait d’un travail mystérieux, irrationnel dont les objectifs seraient d’une part, d’aider le client (en l’occurrence Alpha Condé ou Cellou Dalein Diallo) à avoir le pouvoir et de l’autre, une fois qu’il l’a eu, de le défendre contre les attaques maléfiques venant du camp adverse. Si sur le fond, "Karamokos" et "Donzos" font quasiment les mêmes travaux et recourent tous à l’irrationnel, sur la forme, il existerait des différences. Plus discrets, les "Karamokos" exerceraient du fond de cases, ou dans des maisons spécialement louées pour eux, à l’intérieur des centres urbains. Alors que s’assumant un peu plus et faisant preuve d’exhibitionnisme, les "Donzos", forts de la victoire de leur poulain, auraient décidé d’opérer à découvert. Tout porte à croire qu’à leurs yeux, il n’est désormais d’aucune nécessité de cacher leurs compétences, disons leurs "puissances". Ces dernières s’étant clairement manifestées en permettant au candidat Alpha Condé de l’emporter lors des dernières élections, alors que tous les analystes le donnaient perdant.
Si pour les esprits rationnels et quelque peu acquis à la culture occidentale, ce sont là des perceptions d’un autre âge, qui n’ont rien à voir avec la réalité, pour de nombreux Guinéens, à commencer par les leaders politiques, les agissements des devins, charlatans, karamokos et autres détenteurs de pouvoirs surnaturels, ont des impacts réels. C’est ainsi que par rapport à la maladie actuelle de l’ancien Premier ministre, Jean-Marie Doré, certains partisans de l’opposition estiment qu’il récolte là "les conséquences" d’une attitude « insolente » qu’il avait eue vis-à-vis des sages du Fouta Djallon, quand, critiquant les stratégies de la campagne électorale et de communication de Cellou Dalein Diallo, il avait indiqué que "la Fatiha ne pouvait pas faire élire un président de la République". Il voulait ainsi dénoncer la part, sans doute, trop grande que l’irrationnel et le religieux, avaient pris dans la campagne électorale de l’UFDG. Selon certains partisans de l’opposition, au Fouta Djallon, des sages versés dans les savoirs mystérieux du Coran, auraient été très vexés par ces propos. Ils auraient alors promis de donner une correction à l’impétueux Premier ministre. La maladie qu’il traine actuellement serait alors "la concrétisation" de cette menace.
Vrai ou faux ? Difficile à savoir. Mais en attendant, il est souhaitable que les efforts soient davantage consentis pour stopper la dérive sectaire et ethnocentriste qui s’ancre de plus en plus dans les mœurs guinéennes. Quant à la maladie de Jean-Marie Doré, la rédaction de GCI formule des vœux de prompte guérison.
Maimouna Fofana pour GuineeConakry.info


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