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Les différentes hypothèses formulées sur l’origine des Peul, si opposées soient-elles, ont toutes deux éléments communs : les Peul ne sont pas autochtones des régions qu’ils habitent de nos jours ; tous déclarent être venus d’une région qu’ils aiment situer à l’Est, même s’ils admettent que leurs ancêtres immédiats sont venus de l’Ouest ou du Nord-Ouest.

Les deux groupements originels auxquels tous les Peul se rattachent nominalement, les Wodabé et les Ourourbé, sont scindés, en une poussière de « tribus », « fractions », « sous-fractions ».

Chez les Peul, le sens de l’espace est inséparable de l’appartenance à un groupe. Deux ensembles migratoires se dégagent pour le Ferlo :

  • Les Peul de la vallée du fleuve Sénégal ou Waalwaalbe se fractionnant en Peul du Fuuta Tooro ou du Waalo. Ils représentent le fond d’immigrés peul le plus ancien avec des fractions représentatives comme les Woodabe, Jasarnaabe, Sowonabe, sumanaabe , Ururbe, Deeniyankoobe, Jaawbe, Haayrankoobe.

  • Les Peul du haut pays ou Jeerinkoobe avec un sous-ensemble principal, les Peul du Ferlo-Jolof avec les Laccenaabe, Jenngelbe, Sannaraabe, Bisinaabe, Bakarnaabe, Pampinaabe, Mbeynaabe.

Avant la mise en place des forages, les peuls du

waalo et les peuls du Jieri parcouraient le Ferlo mais selon deux systèmes différents. Au moment du tarissement des mares, les Peul waalo revenaient s’installer sur les parcours inondables où leur bétail pâturait la végétation aquatique et celle des zones hydromorphes. Dès l’achèvement des récoltes, les animaux s’adonnaient à la vaine pâture sur terrains de culture. Il arrivait également qu’une partie du groupe rejoigne la rive mauritanienne et même atteigne le lac de Rkiz. L’abreuvement des animaux était quotidien et même biquotidien soit directement dans le fleuve Sénégal proprement dit, soit dans les bras de son lit majeur comme le Doué ou le Ngalanka.

A la période d’assèchement des mares, les Peul jeeri s’arrêtaient au niveau du diediegol, c’est à dire à la limite waalo-jeeri. leurs animaux ne pâturaient jamais dans le waalo mais consommaient le pâturage sec du jeeri. Un certain nombre de ménages y passait même toute la saison sèche en gardant avec eux quelques vaches laitières et les petits ruminants autour des puits traditionnels. Ceux qui exploitaient le diediegol, faisaient boire le bétail un jour sur deux, les animaux pâturant ce jour là entre les campements et la vallée. Le jour où ils ne buvaient pas, les animaux s’enfonçaient plus profondément dans le jeeri.

Figure : – Déplacements de saison sèche des Peuls dans le Ferlo septentrional (d’après GRENIER) : 1. Déplacement des pasteurs. – 2. Déplacements des Peuls cultivant dans le Oualo. – 3. Limite extrême atteinte par les troupeaux en saison sèche, depuis le Oualo et les puits du Diéri, vers le Sua, limite approximative de la zone dépendant du Oualo. – 4. Zones occupées presque exclusivement par les Peuls cultivant dans le Oualo. – 5. Forage. – 6. Puits peul du Diéri. – 8. Céane ou mare importante. – 9. Campements peuls d’hivernage. – 10 Agglomération

Les trois critères que sont la langue, la religion, l’élevage du zébu, font partie de l’héritage du Peul, mais ne permettent pas de définir son identité. Par contre, les Peul se reconnaissent par un code accepté par tous, le Pulaaku (le fait d’être Peul). Ce Pulaaku est constitué à la base de trois niveaux de valeurs que sont la possession, la sécurisation et la circulation du bétail reflétant ainsi le niveau individuel, très souligné chez les Peul, le niveau domestique où se réalise tout le travail pastoral et le niveau global où s’exprime tout le sentiment d’appartenance à une communauté spécifique et toute l’identité culturelle.

Le pouvoir de décision ou de commandement permettant de garantir la possession, la sécurisation, la circulation du bétail, se réalisent dans les trois échelles d’organisation et de décision que sont le galle, le wuro et le leydi.

Le galle est la plus petite unité domestique. Il est composé de plusieurs suudu ou « chambres maternelles ». Le suudu regroupe l’épouse et ses enfants et constitue le noyau élémentaire de cristallisation et de circulation du bétail et des biens annexes. Il est aussi une unité de consommation des produits d’élevage. Le pouvoir de décision est détenu par le Jom galle, chef de ménage, maître de maison.

Au dessus du galle, se trouve à un niveau supérieur le wuro. C’est la « famille élargie ». Le wuro est un ensemble de galle, constituant ainsi une aire de campements, un ensemble résidentiel, dirigé par un chef, le jom wuro. Le jom wuro possède le pouvoir de commandement et à ce titre, coordonne la migration et la vie pastorale du groupe.

Le troisième niveau, aujourd’hui révolu, était le niveau du leydi ou niveau de commandement territorial auquel se rattachaient un commandement militaire et une direction spirituelle.

Dans la société peule, la gestion de l’espace pastoral suit une règle clairement définie qui est celle du respect du hurum (ou Ouroum). Le hurum est une zone de vie par opposition à la brousse inhabitée. Chaque hurum constitue l’espace agropastoral correspondant à un campement d’hivernage et est réservé à l’usage exclusif des habitants et du cheptel du campement considéré. On prend donc garde à ce que ses animaux n’aillent pas pâturer dans le hurum du campement voisin. Le système permet d’établir une responsabilité des éleveurs vis-à-vis de leurs parcours.

La mise en place des forages dans le Ferlo d’une part, et l’inscription (en 1865, arrêté Faidherbe) dans le domaine de l’Etat de toute terre non appropriée d’autre part, ont remis profondément en question les équilibres anciens fondés sur le hurum. La nouvelle disponibilité en eau fournie par la mise en service des forages a transformé les systèmes de gestion des pâturages gommant les différences entre le système des peuls Walo et celui des peuls Jieri. Les sous-groupes peuls, dominés par certains membres de l’aristocratie, les Ardos, réfractaires à la discipline du hurum se sont saisis de l’opportunité du nouveau droit foncier pour s’en affranchir. Par ailleurs, au mépris du hurum, le statut de réserve sylvo-pastorale mis en œuvre au début des années 1950 donne accès libre à tout éleveur pratiquant l’élevage « traditionnel ».

Ainsi sous la pression de ces différents facteurs, un nouveau mode de structuration de l’espace pastoral s’est substitué aux équilibres anciens. Concrètement les campements se sont émiettés, les campements ancestraux se fractionnent en des entités autonomes par division des galle et prise d’indépendance des jeunes générations. Exemple : le nombre d’usagers enregistrés du forage de Widou évolue de 161 en 1991 à 340 en 2006. Ainsi, l’individualisme, inhérent à la société peule paradoxalement attachée à la notion de groupe, s’exacerbe. Cependant, des solidarités nouvelles apparaissent bâties sur l’exploitation commune d’un forage et de ses parcours correspondants.

Les femmes du Ferlo

Les femmes du Ferlo ont une importance déterminante dans l’économie pastorale. Etant donné la précocité du mariage, peut être considérée comme femme mariée une enfant de dix ans.

Responsable de la traite et propriétaire du lait de l’ensemble du troupeau ainsi que des produits qui en sont issus, la femme est donc un pivot de l’économie peule.

Les femmes du Ferlo sont généralement propriétaires de bétail, parfois de manière plus importante que leurs époux. Ce bétail peut être issu de l’héritage de leur père, de la dot donnée par leur famille, des animaux offerts par leur mari au moment du mariage.

Richter, en 1997 (bibliothèque), rapporte qu’une dotation moyenne d’un mari à sa femme au moment des noces est de huit vaches et de deux taureaux. Selon la tradition, même si le mari est responsable de la gestion globale du troupeau familial intégrant le bétail de sa femme, la décision de vente d’un animal appartenant à son épouse ne peut se prendre sans accord de celle-ci. Les dépenses à couvrir par cette vente doivent être connues de la propriétaire et les reliquats lui être remis. Dans les faits, actuellement, on constate un abandon progressif des règles établies pour la gestion du troupeau familial. Nombreux sont les maris qui vendent les animaux de leur épouse, certes en la prévenant, mais sans expliquer l’usage du produit de la vente et en lui remettant au bout du compte que quelques miettes. Insertion video

Si les hommes sont responsables de l’abreuvement des bovins, les femmes sont chargées de celui des petits ruminants et de la fourniture de l’eau nécessaire aux besoins familiaux. Cela suppose des allers-retours quotidiens (parfois plusieurs fois par jour) en charrettes entre le forage et le campement de saison sèche autour duquel pâturent les ovins et les caprins. Si un forage est en panne, elles peuvent alors être amenées à parcourir plus d’une quarantaine de km pour aller chercher de l’eau. Insertion. Insertion video

La pauvreté

A l’aube du troisième millénaire, la pauvreté figure parmi les fléaux majeurs de ce monde. Environ 20% des individus sur la planète sont concernés tandis que pour les pays pauvres, ce pourcentage frôle les 70%. Au Sénégal, selon le rapport provisoire du Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté (DSRP), 65.3% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Chez les Peuls du Ferlo, la pauvreté et le statut social sont étroitement lié car la valeur d’un homme se définit par sa réussite en tant qu’éleveur, donc par la taille de son troupeau (de bovins).

Les différentes désignations de la pauvreté en langue Pulaar se regroupe en trois catégories : le riche (galo et jarga), l’autosuffisant (samba hakunde, samba naggel) et le pauvre (miskino, basdo). Toutes les autres catégories ne sont que des variantes (voir GUIBERT, 2007 : note de lecture de Bâ, C. 2001).

Le statut social conféré par la richesse s’exprime dans les multiples facettes des relations humaines. Ainsi un Peul peut considérer d’égal que des hommes de sa « valeur » et ce n’est qu’entre égaux que la parole donnée a une importance.

« ... Le pauvre c’est celui qui n’a pas de formation, qui manque de stratégies pour rentabiliser son capital. Mais de manière générale, Pullo gaynaako woddani bassal, ce qui se traduit par un Pasteur n’est pas à l’abri de la pauvreté, il suffit d’une calamité naturelle pour qu’il perde toute sa richesse. Gandal fof ko danal, toute connaissance équivaut à une richesse. On rencontre peu de cas de pauvreté absolue. Si les populations ne sont pas très pauvres, il n’en demeure pas moins qu’elles ne profitent pas de la richesse. […] En termes d’entraves au développement, il faut noter que le problème le plus difficile à régler est celui des analphabètes volontaires, ceux qui refusent volontairement de participer aux sessions de formation et aux séminaires. Les populations du Ferlo sont-elles pauvres ou manquent-elles d’organisation ? Pour les personnes interrogées, la pauvreté c’est l’absence de formation qui est responsable des divisions inter lignages. Du coup la lutte contre la pauvreté ne serait-elle pas rien d’autre qu’une lutte contre l’analphabétisme ? ... » (GUIBERT, note de lecture de C. Bâ « Les Peuls du Ferlo »).

Rédaction du Projet autopromotion pastorale dans le Ferlo

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